"Il faut cultiver notre jardin"

samedi 23 juillet 2016

Arlington Park de Rachel Cusk

Banlieue résidentielle anglaise plutôt chic, Arlington Park fait penser
au quartier des desperate housewifes. Car oui, les femmes dont nous suivons les pensées et atermoiements ne sont pas loin d'être les inspiratrices des héroïnes de la fameuse série. Juliet Randall, Maisie Carrington, Amanda Clapp, Solly Keir-Leigh ont pourtant tout pour être heureuses : des époux (pas toutes), des enfants, de jolies maisons, de bonnes situations sociales, certaines des métiers où elles s'épanouissent.... Elles ont le temps de se voir autour de cafés, de discuter chiffons, de faire les magasins entre copines et d'organiser des dîners pour leurs amis. Oui, en apparence, mais quand l'auteur nous fait rentrer dans leurs têtes, là c'est le chaos, la confusion, leurs doutes qui nous assaillent. En fait, ces femmes n'en peuvent plus de leur vie trop bien rangée, étriquée, pétrie d'habitudes. Elles n'en peuvent plus de leurs enfants, de leurs corps abîmés par les maternités, par l'absence de regard de leur conjoint. Elles n'en peuvent plus de cette hypocrisie qui dicte la conduite de tous ces gens qu'elles côtoient, qu'elles reçoivent... Ainsi, on entre successivement dans la cuisine toute pimpante et gigantesque de l'une, on suit l'autre au supermarché, dans une cabine d'essayage, et on suit le maelström de pensées qui les assaillent.
C'est la vie de couple, la vie de famille et la vie de quartier qui sont dynamitées de l'intérieur : vision lucide et désabusée, présentée avec une certaine drôlerie par l'auteur. On aurait seulement voulu que le roman se termine par une décision tranchée : quittent elles ou non le champ de bataille décrit au fil des pages ? poursuivent-elles leur vie ou l'abandonnent-elles ?

mardi 19 juillet 2016

Les vieux ne pleurent jamais

Une couverture alléchante : une dame d'un certain âge, en robe fleurie, qui se prélasse et cueille le temps sur un ponton, un casque vissé sur les oreilles. On se dit "chouette, ça peut être sympa". 
Et on plonge dans le roman dont l'héroïne principale, Judith, veuve de 70 ans, vivote à Brooklyn. Son époux Herb semble avoir laissé un grand vide dans sa vie que peinent à combler les apparitions enjouées de son amie Janet. Elles partent en voyage organisé et souffrent le martyre, peu habituées à être menées à la baguette et à se laisser dicter leur conduite. Ce sera quand même, pour elles, l'occasion de discussions franches sur leur âge, sur leur vie. Puis, Judith que ce voyage a renvoyé à son âge, décide d'entreprendre un voyage en France pour retrouver son frère. En effet, dès le début du roman, en feuilletant Voyage au bout de la nuit, elle est tombée sur une photo qui l'a ramenée cinquante ans en arrière. Ressurgissent alors toutes sortes de sentiments : tendresse, ressentiment, haine, dégoût..... Comme si elle voulait recoller les morceaux de sa vie avant qu'il ne soit trop tard Judith s'embarque pour un périple qui la ramène dans sa patrie qu'elle a quitté sur un coup de tête et, on le pressent, suite à des événements violents. Mais lesquels ? Le suspense sera levé dans les dernières pages, sorte de révélation bien orchestrée (un peu trop facilement cousu de fil de blanc) à la fin du roman qui abandonne les deux mamies à leur vie.
Un roman agréable à lire mais inégal : certains passages semblent longs et peu en rapport avec d'autres comme le voyage organisé mais c'est à la fin que l'on comprend que Judith étouffe dans sa vie réglée et morne. L'ancienne actrice aime les sensations fortes mais ne supporte ni les faux-semblants ni l'intolérance liée aux préjugés et au racisme.
Au final, un portrait de femme plutôt intéressant mais qui aurait pu être mieux exploité. Un bon moment de lecture, malgré tout.

lundi 18 juillet 2016

le charme discret de l'intestin

Une couverture sympa que tout le monde n'a cessé de voir depuis le début de l'année dans les rayons des bibliothèques ou des librairies.

Un petit coup d'oeil dedans et me voilà partie pour une plongée fort intéressante au coeur de nos entrailles pour mieux en comprendre le fonctionnement.
Visite guidée du circuit interne par lequel passe la nourriture que nous ingérons : de la bouche jusqu'à l'anus en passant par les méandres de l'intestin peuplé de bactéries et d'enzymes prêts à attaquer la transformation des aliments en nutriments tout aussi efficaces pour le corps, le coeur, les muscles, les os....
On y apprend non seulement comme notre deuxième cerveau fonctionne mais on y trouve aussi  quelques conseils avisés : la meilleure position pour déféquer, de la nécessité de se brosser les dents matin et soir (au moins),  les aliments prébiotiques - poireau, artichaut, asperge, endive, topinambour, ail oignon, panais..... - , de la mauvaise sur-consommation des antibiotiques etc....
C'est de la vulgarisation réussie : c'est écrit avec humour mais le propos reste sérieux, l'auteur s'est associée à sa soeur, graphiste, dont les dessins rigolos ponctuent les textes et l'expliquent.

dimanche 17 juillet 2016

Apaise le temps

Je l'avoue, je n'avais jamais rien lu de cet auteur - dont je connais pourtant le nom, Michel Quint. Jolie découverte que ce petit opuscule hommage aux librairies et à la lecture.
L'auteur nous embarque pour une plongée dans la ville de Roubaix, ville de misère et de chômage et, plus particulièrement dans les rayonnages d'une antique librairie, Livres.
Yvonne Lepage, qui officie dans sa petite boutique coincée à l'ombre de l'hôtel de ville, est décédée. Et avec elle, c'est tout un pan de la vie d'Abdel, Saïd et Zita qui s'effondre. Yvonne c'était la libraire, celle qui donnait accès aux livres et au savoir, à la lecture, à l'écriture, tout comme ses parents avant elle. D'ailleurs, c'est grâce à elle qu'Abdel a pu lire tous les classiques, entre autres. D'ailleurs, "Abdel est entré pour la première fois entre les murailles de bouquins vers ses cinq ans avec une soif de lecture à avaler tout Balzac sans rien y comprendre." Saïd, le kabyle, c'est celui qui est fier d'avoir appris à lire avec Georges Lepage et qui collectionne avec délice les nouveaux mots dans son grand cahier qui ne le quitte jamais. Zita, l'albanaise, c'est la vendeuse tentée par les sirènes de Repères.
Lorsqu'à la mort d'Yvonne, Abdel Duponchelle apprend qu'il est le seul légataire, il n'hésite pas longtemps ou plutôt, il se sent "obligé" et l'obligé de cette hussarde des lettres et accepte l'héritage. Et quel héritage à l'heure où cette grande librairie inhumaine et commerciale s'installe à Roubaix pour vendre les derniers ouvrages qu'il faut avoir lus ("un roman avec du cul dedans, tu sais le gris nuancé, les bâtards du sexe") en méprisant les classiques et les contemporains (Claudel, Martinez, Chalandon, Garat...) ? Mais tant pis, parce que c'est un peu grâce à elle qu'il est devenu professeur agrégé de lettres au lycée, Abdel, dont le père français a connu le coup de foudre pour sa mère à Oran, accepte qu'Yvonne l'ait considéré comme son héritier. 
Commence alors, comme il se doit, un grand ménage, un tri dans les affaires doublé d'un inventaire pour mieux saisir l'ampleur des dettes. Dettes d'argent mais aussi dettes de coeur. Car autour d'Yvonne et de ses parents gravitent des habitués, des qui ne savent pas toujours lire, des gens qu'on aide, des engagés, des partisans, des amants.... Tout cela, Abdel va le découvrir grâce aux archives photographiques d'Yvonne la photographe. Et c'est une page de l'histoire qui se réouvre avec ses blessures, ses fêlures et ses cassures lorsqu'Abdel, aidé de Saïd qui a vécu cette époque jusque dans sa chair (il a été touché à la jambe dans l'attaque du bar où Georges Lepage a trouvé la mort) : la guerre d'Algérie. 
La boîte de pandore est ouverte mais elle permettra de mieux comprendre le passé, de mieux cerner Yvonne, de découvrir Rosa l'assistante sociale du lycée, sauvage et tendre et de mettre des mots sur des maux.
 A la fin de l'histoire on sait que répondre à la question que pose le narrateur sur la décision d'Abdel :  "Fidélité à la mémoire des Lepage, à leur oeuvre d'accueil, dette humaine envers Yvonne, militantisme culturel et social pour le maintien des librairies de quartier, ou orgueil de gamin écartelé,vengeance de bougnoule blond comme on l'insultait au collège ?" C'est un peu tout à la fois et cela permet d'avancer. 
Un bel hommage à la force des mots, des images et des souvenirs mais aussi une incitation à résister en s'entraidant. Où l'on comprend que "Relier, c'est bien, ça parle des gens et des livres qu'on relie, qu'on relit".

dimanche 10 juillet 2016

Début de vacances studieux

Décidément Catherine Meurisse est une grande dame de la BD.
Je me suis délectée de son Mes hommes de lettres qui permet de balayer six siècles d'histoire littéraire avec humour, légèreté et subtilité. Elle campe admirablement les auteurs, résume efficacement leur oeuvre et leur style. 
De la légèreté certes mais du contenu également car Catherine Meurisse a des lettres ! Elle rappelle des anecdotes célèbres, livre quelques détails sur les auteurs qu'elle a choisis de présenter. 
J'ai beaucoup aimé La Pléiade rapprochée des Beatles


Racine et sa Phèdre


 
 
Voltaire versus Rousseau, Hugo en chef révolté du Romantisme,la Madeleine de Proust.....





On croise Sartre et Beauvoir qui suivent d'un regard distancié leur époque et la BD se termine sur une surprise party des mieux fréquentées : Sagan, Vian, Camus, Pérec, Duras, Gary, Queneau, Prévert, Ionesco, Giono, Pagnol… Un vrai festival ! 
A mettre entre toutes les mains des lycéens de France pour les rabibocher avec l'histoire littéraire !

jeudi 9 juin 2016

En attendant Bojangles ou l'art de la fête

J'en avais entendu parlé, j'avais lu une interview de l'auteur que j'avais trouvé sympa et dont le parcours semblait enfin récompensé.
La curiosité l'a emporté et j'ai plongé avec délices dans ce roman foutraque et beau, dans cette fête incessante et pétillante.
Louise et Georges se sont rencontrés dans un pince-fesses au bord de la piscine, ils étaient destinés à faire de leur vie une fête perpétuelle. Echanges surréalistes, humour détonant et petit zeste de folie, voici ce qui les réunit, véritables ingrédients d'un cocktail réussi.
C'est leur fils qui raconte leur histoire, avec candeur, naïveté mais néanmoins une certaine lucidité. Ce regard du naïf lui permet de mettre à distance certains faits plus troublants qu'éclairent les mots du père qui émaillent de temps à autre le récit. C'est donc avec un regard émerveillé qu'il regarde ses parents excentriques vivre et enchanter leur quotidien, et, sans se lasser, danser sur "Mr. Bojangles" de Nina Simone. Mademoiselle Superfétatoire, grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement, participe à ce tourbillon de folie, car, bien sûr, elle aussi est libre comme l'air.
Cocktails, châteaux en Espagne, escapades.... c'est Louise surtout qui donne le "la", enfin Louise ou une autre puisque son époux ne cesse de lui faire changer de prénom comme on offre à sa bien-aimée une nouvelle robe de bal. 
Louise est fantasque, libre, inventive, imprévisible, extravagante, folle peut-être.....
Pour elle la vie rime avec fantaisie, poésie, magie. Jusqu'au jour où un grain de sable vient enrayer cette mécanique festive. Fin de partie ? Pas question, pour le père et le fils, que le carrosse se transforme en citrouille. Ils vont donc tout faire pour que la fête continue jusqu'au bout de la nuit.......
Un roman très gai et plein de vie qui raconte une somptueuse histoire d'amour et nous invite à réenchanter nos jours et à faire de la vie une fête ininterrompue. Un manifeste pour la fantaisie, la gaité et un brin de folie.

samedi 4 juin 2016

@ voir : une utopie éducative, si si, si !

Superbe documentaire sur feu-l'université de Vincennes !
Ou comment une utopie éducative a fini par gêner le pouvoir. Les plus grands y sont passé : Deleuze, Foucault.....
Ca donne très envie de reproduire l'expérience !!
http://www.arte.tv/guide/fr/059529-000-A/vincennes-l-universite-perdue