"Il faut cultiver notre jardin"

dimanche 10 septembre 2017

Un livre à mettre entre toutes les mains

Si j'étais ministre de la culture de Carole Fréchette et Thierry Dedieu est un magnifique plaidoyer pour la culture. Album pour enfants de 7 à 77 ans ! 
Ou comment une ministre de la culture trouve des arguments imparables pour convaincre ses collègues qu'il est impensable d'effectuer des coupes sombres dans son budget.
C'est vrai pouvons-nous imaginer une journée sans musiques, sans livres, sans tableaux, sans spectacles, sans oeuvres d'art dans la rue etc.....
Ou comment, très simplement, les auteurs nous rappellent que la culture c'est la vie ! 
La mnistre de la culture c'est la « ministre de l’équilibre des âmes, du battement des coeurs, de la respiration, ministre de l’oxygène »

mercredi 6 septembre 2017

Les bottes suédoises

Après les chaussures italiennes, passons aux bottes suédoises. 
C'est certain, le protagoniste principal va avoir besoin de bottes. En effet, lorsqu'on retrouve Fredrik Welin, le chirurgien orthopédiste des Chaussures italiennes, il se réveille, jaillit de son lit et sort in extremis de sa maison dévorée par les flammes. Tous les voisins arrivent pour essayer de lutter contre l'incendie mais c'est peine perdue. La maison de famille est carbonisée et il ne reste rien de la vie de Fredrik. 
Il décide de s'installer dans la caravane de sa fille Louise en attendant d'y voir plus clair et de pouvoir faire reconstruire sa maison. Une enquête criminelle démarre : il s'agit de déterminer les causes de l'incendie et, très vite, Fredrik se sent visé alors qu'il n'est en rien responsable ! Il essaye malgré tout de réorganiser sa vie, ce qui nous permet de faire connaissance avec son environnement, ses voisins, Jansson le facteur, Lisa la journaliste, les gens du village...... Tout ce petit monde évolue sur des ilôts disséminés dans la baltique, dans un climat rude et des paysages saisissants.
Si Fredrik n'est pas toujours très facile à suivre dans ses réactions, il n'en demeure pas moins attachant, surtout dans les doutes et les inquiétudes qui sourdent face à la mort et au temps qui passe, face à son rôle de père (qu'il a bien du mal à improviser face à une Louise qu'il n'a découvert que tardivement et qui a un fort caractère). Un beau roman qui nous embarque dans une ambiance nordique, pas morbide, et qui questionne les relations père-fille, le vieillissement, les sentiments et l'écoute de l'autre. 
Quand on sait que c'est le dernier roman de l'auteur, décédé en octobre 2015, on ne peut s'empêcher de relier le climat parfois crépusculaire aux réflexions de l'auteur et l'ultime phrase "Mais l'obscurité ne me faisait plus peur"résonne un peu comme un testament.

jeudi 31 août 2017

Le tour du monde du roi Zibeline

Partir en voyage et emporter un roman d'aventures : la belle idée !
C'est avec un grand plaisir que je me suis plongée dans le roman de J.C. Rufin. Avec délice, que je me suis retrouvée au XVIIIè siècle, entamant un périple me conduisant de la Hongrie aux Etats Unis en passant par la Sibérie, la Chine, le Japon, Madagascar et la France ! 
A partir de la biographie d'Auguste Benjowski, voyageur célèbre du 18ème siècle, l'auteur bâtit un roman d'aventures dans la plus belle tradition des récits de voyage à la manière des contes des Mille et une nuits. 
Le vieux Benjamin Franklin, sans cesse sollicité par des visiteurs désireux d'exploiter son influence, se retrouve un jour confronté à un couple qui l'intrigue et qui ne ressemble en rien aux habituels solliciteurs qu'il reçoit. Ont, en effet, pénétré dans sa demeure de Philadelphie, Auguste et sa femme Aphanasie. Auréolé de sa contribution à la rédaction de la constitution des jeunes Etats-Unis, Franklin abandonne tambour battant toute autre occupation pour se laisser conter le périple de ce couple dont le parcours est pour le moins extraordinaire. Commence alors un récit à voix alternées où homme et femme, mari et épouse prennent tout à tour la parole pour raconter les événements de leur point de vue. Véritable odyssée du XVIIIè.
Lecture jubilatoire pour le lecteur qui tremble pour les protagonistes (qui, dans leur périple, affrontent les éléments déchaînés mais aussi les êtres humains et leurs appétits), qui se délecte de l'enseignement dispensé à Auguste par un admirateur de Voltaire et des philosophes, qui apprécie la leçon de relativisme liée à l'implantation d'une colonie à Madagascar (de beaux échos à Diderot) et des réflexions sur la soif de conquête.
Un bon roman historique, de facture classique pour l'écriture qui aborde les thèmes de l'immigration,  de la soif de conquêtes, du rapport entre individus, peuples et cultures .
A lire !  

mercredi 30 août 2017

Jardins d'art

Un petit tour à Ar Milin à Chateaubourg histoire de procrastiner jusqu'au bout et de mettre à distance la rentrée.








Une édition beaucoup plus restreinte, avec de jolies surprises.

vendredi 18 août 2017

La suite de l'amie prodigieuse

Derniers jours de vacances, je me plonge dans les deux tomes d'Elena Ferrante Le nouveau nom et Celle qui fuit et celle qui reste. J'y plonge et je m'y oublie.


Comme le premier tome c'est tout simplement très prenant, toujours aussi bien écrit. On retrouve les personnages, leurs relations compliquées, leurs envies d'évoluer, d'échapper à leur milieu, de réussir mais aussi des sentiments exacerbés, des mensonges, des trahisons.
Bref, un vrai plaisir !

vendredi 4 août 2017

Immersion en littérature

Les vies de papier de Rabih Alameddine est un livre foisonnant. Véritable ode à la littérature, au langage et à la traduction, il peint aussi la vie quelque peu cabossée de son héroïne. 
Aaliya Saleh, 72 ans, a les cheveux bleus et une passion pour la traduction. Retraitée après avoir exercé dans une librairie, cette septuagénaire s'est créée un monde qui la protège de l'extérieur, du passé, des souvenirs, des autres. Répudiée par son impuissant de mari, isolée dans sa famille, abandonnée par sa grande amie Hannah qui a décidé de cesser de rêver sa vie, Aaliya se réfugie dans son appartement, véritable cocon où s'empilent toutes sortes de romans, dont ceux de ses auteurs préférés, Pessoa, Nabokov ou Kafka. Quand la majeure partie des gens se remet de son réveillon du jour de l'an, Aaliya, elle, a un autre rituel : après avoir allumé deux bougies pour Walter Benjamin, elle choisit avec délectation le titre du roman qu'elle va traduire. Armée de la traduction anglaise et de la française, elle s'attache à rendre en arabe les subtilités du récit. Plaisir solitaire puisqu'elle ne se soucie pas de se faire éditer ni même de se faire lire. Cette tâche lui convient, l'isole et lui permet de s'échapper de Beyrouth en guerre, d'un monde qui lui échappe et de relations familiales difficiles. C'est entre les pages de ces ouvrages qu'elle vit pleinement. Femme forte en apparence, elle révèle, au gré de ses nombreuses digressions, bien des failles : femme seule, sans enfants, elle s'est fabriquée toute seule. Ainsi, c'est en autodidacte qu'elle a découvert Chopin et la musique classique. Décontenancée par les atteintes du temps (son extrême sensiblerie la paralyse), solitaire (les attentions du gardien du musée national de Beyrouth la touchent) voire isolée, elle a du mal à trouver sa place dans la vie normale. Qui plus est dans une Beyrouth en guerre, abîmée et meurtrie par les conflits. Heureusement, les "vies de papier" la portent et l'aident à voir s'écouler le temps, à rester en vie. Voici d'ailleurs ce qu'elle écrit : "Je me suis depuis bien longtemps abandonnée au plaisir aveugle de l'écrit. La littérature est mon bac à sable. J'y joue, j'y construis mes forts et mes châteaux, j'y passe un temps merveilleux. C'est le monde à l'extérieur de mon bac à sable qui me pose problème.Je me suis adaptée avec docilité, quoique de manière non conventionnelle, au monde visible, afin de pouvoir me retirer sans grands désagréments dans mon monde intérieur de livres. Pour filer cette métamorphose sableuse, si la littérature est mon bac à sable, alors le monde réel est mon sablier- un sablier qui s'écoule grain par grain.
La littérature m'apporte la vie, et la vie me tue." (p. 15)
Un moment particulièrement poignant : celui où Aaliya, après avoir refusé que sa mère, très diminuée, vienne vivre chez elle, se retrouve chez son demi-frère pour comprendre le cri d'horreur que sa génitrice a poussé en la voyant. S'ensuit alors, après une longue attente, un lavage des pieds de l'aïeule effectué avec douceur et délicatesse. Un moment suspendu où la fille prend soin de sa mère et renoue un contact fort. Un autre plus léger mais porteur d'optimisme : celui où, aidée de ses voisines Aaliya se retrouve à faire sécher toutes les pages volantes de ses manuscrits qui ont pris l'eau. Beau moment de solidarité entre femmes.
Un très beau livre, émouvant et fort.

lundi 31 juillet 2017

L'amie prodigieuse

Enfin je plonge dans le roman dont tout le monde parle ! Fin des années 50, Naples, quartier populaire, une amitié passionnée : L'Amie prodigieuse d'Elena Ferrante.

Raffaella Cerullo, alias Lina, et Elena Greco, alias Lenu, s'apprivoisent peu à peu et deviennent amies. Elles passent beaucoup de temps ensemble et partagent poupées, discussions, balades, bêtises..... Douées pour les études, elles rivalisent sans cesse, saine émulation : calcul mental, résolution de problèmes, lecture..... . Mais c'est toujours Lina qui a le dessus, on pourrait même dire l'ascendant. La petite noiraude, maigre, au visage peu amène exerce sur les autres, et particulièrement sur Lenu, une véritable attraction. Elle provoque, incite à lire, à agir, à repousser les limites... sans elle, la narratrice n'aurait pas forgé sa personnalité. Surdouée, Lina cessera néanmoins ses études quand Lenu, poussée par leur institutrice, ira au collège puis au lycée. Et même sans suivre son amie, prodigieuse, Lina réussira à apprendre le latin et le grec en les maîtrisant mieux que son amie ! Bien décidée à s'en sortir et à gagner de l'argent, malgré le fait d'être coincée dans la cordonnerie familiale avec son père et son frère, Lina voit les choses en grand. Elle se verrait bien ouvrir un magasin de chaussures sur mesure. Douée, elle emporte l'adhésion de son frère Rino grâce à ses dessins et ils se lancent dans la confection d'une paire - en cachette de leur père, bien sûr ! Pendant ce temps, la narratrice grandit, s'arrondit, accumule les lectures et les devoirs et peine à trouver sa place auprès de son amie. D'autant que si ses joues se couvrent d'acné et ses yeux se cachent derrière des lunettes, Lina, elle, flamboyante, grandit, s'élance et devient une superbe jeune femme qui règne en maître sur tous les garçons du quartier. Et bientôt, sans jamais oublier son arrogance, sa fougue et son esprit rebelle, Lina va rentrer dans le monde des adultes en se mariant quand son amie se retrouve cantonnée dans celui des adolescents, toujours en quête d'absolu, de l'amour sublime. Certes le marié parle le dialecte, n'a ni l'intelligence ni la fulgurance de Lina mais il a le sens des affaires, l'esprit d'entreprise et, pour elle, il est la voie du salut et lui offre le confort. Les chemins des deux amies vont-ils s'éloigner ?
Il faut avouer que, dans les 40 premières pages, je me suis demandée ce qui faisait le succès du roman mais, bien vite, une fois les personnages apprivoisés, je me suis laissée entraîner dans cette chronique sociale et familiale, dans cette vie de quartier animé voire agité. On y découvre la vie de familles populaires : des pères violents, des époux tyranniques, des jeunes qui veulent se sortir de là, les rivalités de gangs. L'arrière-plan politique est bien esquissé : la montée du parti communiste, la Camorra.... Des personnages hauts en couleurs, tels Donato Sarratore, le cheminot-poète - et aussi prédateur à ses heures, Pasquale le maçon communiste, Nino l'intellectuel inaccessible, Antonio le mécanicien courageux, les frères Solara, futurs maffiosi et nouveaux petits chefs du quartier...La ville de Naples vibre, les personnages et nous aussi. Un beau roman d'apprentissage, lumineux et vrai.