"Il faut cultiver notre jardin"

samedi 22 septembre 2018

Les deux vies de Baudoin

Dans la série des BD découvertes à la bibliothèque, celle-ci est un vrai coup de coeur.
Baudouin est un jeune homme trentenaire qui mène une vie organisée mais bien solitaire et monotone. Il a un poste à responsabilités, un supérieur tyrannique et méprisant, traite des dossiers pénibles et doit se plier aux volontés de ses supérieurs. Sa vie personnelle est morne. Son frère, Luc, est, à l'inverse, un esprit libre, voyageur et séducteur à qui tout semble réussir.
Un jour, Baudouin se découvre une tumeur qui ne lui laisse que quelques mois à vivre. Passée la première réaction d'abattement (une telle annonce ne peut que laisser KO debout) et aidé par son frère, il décide de tout plaquer pour partir quelques semaines avec lui au Bénin. Là-bas, il va retrouver le plaisir de jouer de la guitare, de partager de bons moments avec des gens simples et vrais, rencontrer des filles.... bref, retrouver goût à la vie alors que celle-ci s'apprête à lui jouer le pire tour.  
 Un récit touchant sur les liens familiaux et sur le thème de la réalisation personnelle. Une BD jamais mièvre mais qui rappelle à tout un chacun que la vie est courte et qu'il faut savourer la force de chaque instant avec intensité.

dimanche 16 septembre 2018

Une série de BD

Sans le vouloir, une série de BD adaptées de textes littéraires. Un bon cru et des textes bien servis par des dessins et des scenarii bien menés.
Boitelle et le café des colonies de Didier Quella-Guyot (même auteur que le très bon Facteurs pour femmes) et S.Morice
                                 La Délicatesse     Cyril Bonin

  La belle image d'après M.Aymé de Cyril Bonnin
Un homme ordinaire voit son visage se métamorphoser : ses traits se sont affinés, il a rajeuni… mais il est un parfait inconnu aux yeux de ses proches. Que faire ? Un récit fantastique sur la quête identitaire et sur les choix de l’existence.
                                                                   




  Un automne à Pékin de B Vian


lundi 6 août 2018

Imaginer la pluie

Conseillée par ma bibliothécaire préférée, je ne peux que recommander la lecture de ce conte atemporel, sorte de Petit Prince moderne et un peu différent. Une jolie couverture au graphisme léger et élégant, un titre étonnant et une écriture sensible, les ingrédients sont réunis pour nous enchanter. 
Ionah a toujours vécu dans les dunes et le désert en compagnie de sa mère. Il est totalement vierge de tout contact avec la civilisation, avec les hommes organisés en société. Dans un coin perdu du désert, ils survivent près de leur puits grâce à un appentis qui les abrite des tempêtes de sable. Ils cultivent de très rares légumes et mangent des lézards, seule source de protéines. A perte de vue, le sable, le sable, le sable. « le sable. le sable à perte de vue. Dans toutes les directions. Et au milieu de ce néant qui n'est que sable, un petit puits, deux palmiers, un potager minuscule et un appentis. Et moi sur le toit, essayant d'imaginer la pluie. » 
Aucune compagnie humaine autre que cette micro-cellule familiale. Alors, la mère raconte le monde d'avant et fait de son fils le dépositaire de ses souvenirs. Elle évoque le goût du café fumant, l’arôme des fleurs, la rosée du matin sur les fougères, les notes d’un piano – mais aussi la haine, la cupidité et la guerre. Car c'est aux confins d'un monde détruit par une violence extrême qu'ils vivent ou plutôt qu'ils survivent. Pas de rose à soigner, pas de renard avec qui échanger, pas de planète à aimer.... . La mère apprend donc à son fils à se battre, à piéger les lézards, à ne pas accorder facilement sa confiance, à ne pas s'apitoyer sur son sort, à ne pas pleurer. Elle l'élève à la dure, à l'image de leur environnement, mais pas sans amour. Elle lui apprend aussi les mots, les chiffres, lui raconte des histoires.... À sa mort, son fils, terrassé par le silence, entreprend un long voyage pour revenir vers les hommes. Il va découvrir sa force, sa capacité à lutter mais aussi le plaisir d'échanger, de partager, d'aider, d'aimer.
Entre la fable et le conte, ce roman est un ouvrage sensible, écrit dans une langue très aérienne où chaque mot compte, comme les gouttes d'eau dans le désert. Un texte très puissant qui nous amène à réfléchir à notre rapport au monde, à ce qui fait l'essentiel dans nos vies mais aussi au pouvoir parfois néfaste de la civilisation. 
 "(...) Si j'avais quelque chose, je te le donnerais.
- Tu m'as donné ce que personne n'a jamais pu me donner, Ionah. Tu m'as donné une perspective. Tu m'as sauvé du désert et tu m'as donné tout le temps du monde pour penser à ce que j'ai fait et à ce que je veux faire. C'est plus que ce que possèdent la plupart des gens, tu peux me croire. Tu m'as aidé à réduire ma vie à l'essentiel. "(p. 116)
C'est aussi un roman sur la force de l'amour maternel qui a permis à la mère de Ionah de le sauver et de lui inculquer tout ce dont il a besoin pour survivre; d'ailleurs, des passages très forts lorsqu'il dialogue avec sa mère morte qui, pourtant, ne cesse de le guider tant qu'il en a besoin. 
A lire !

 

vendredi 3 août 2018

A la table des hommes

Le dernier opus de Sylvie Germain oscille entre fantastique, parabole et conte initiatique. Né porcelet et transformé en homme dans un déluge de feu et un chaos absolu, Babel - surnommé ainsi du fait de la confusion dans laquelle il semble être lorsque des femmes le trouvent - sort de sa condition animale pour avancer vers celle des hommes. S'élever vers la condition humaine ? pas forcément car ces derniers sont souvent associés à la violence, la haine, la bassesse. Recueilli par une daine (après avoir perdu sa mère biologique et une femme qui lui offrira son lait avant de mourir) qui lui laissera en héritage la nécessité de se méfier des hommes, Babel va peu à peu rentrer dans le monde humain. Il va lui falloir découvrir le langage articulé, les goûts et les saveurs, les vêtements, les rapports sociaux, les codes etc..... C'est dans un monde bouleversé par une guerre, abîmé par une violence aigüe qu'il fait ses premiers pas et se confronte à la différence, au mépris mais aussi à l'affection. Considéré comme simplet, il conserve de sa première enveloppe une attention toute particulière aux bruits, aux odeurs, aux signes de la nature. Devenu homme, il cultive une belle curiosité qui va lui permettre de comprendre certaines règles, d'échanger avec les autres mais aussi d'apprivoiser les mots et le savoir. Le vocabulaire, la syntaxe, les phrases roulent moins dans sa bouche et se font plus fluides, comme le désordre intérieure qui l'agitait se calme peu à peu. D'Abel, il devient Babel, celui qui peu à peu apprivoise les langages, les subtilités de la langue et des mots. Il va aussi mieux comprendre les hommes et se frayer un chemin où l'écoute, le partage, l'entraide trouvent leur place.
Une dernière horreur lui permet de découvrir qu'il « n'est plus avide de découvrir davantage le langage des hommes, il lui suffit de faire bon usage des mots qu'il a appris, de préserver autour de chacun d'eux un espace de silence où les faire résonner. Il n'est plus désireux de plaire à ses semblables, d'être accepté par eux, il lui suffit d'avoir été aimé par quelques-uns et d'avoir aimé ceux-là. Il a reçu sa part de fraternité, des destructeurs la lui ont arrachée, mais sous la douleur de ce rapt, il conserve la joie d'avoir un jour reçu cette part d'amour et d'amitié, et cette joie, personne ne pourra la lui retirer. »
Une écriture poétique et subtile, des phrases ciselées mais légères, Sylvie Germain maîtrise parfaitement sa narration et nous emporte dans une histoire étonnante et puissante. 


https://www.telerama.fr/livres/a-la-table-des-hommes,136079.php

lundi 23 juillet 2018

Marcher à Kerguelen

Un nouveau titre découvert grâce à une pochette surprise ! François Garde nous livre son journal de bord d'une expédition qui, durant 25 jours, l'a conduit, avec ses trois compagnons, du Nord au Sud de Kerguelen. Bravant le vent, le vent et toujours le vent, mais aussi la pluie, la neige et un terrain bien difficile, ils ont testé leur résistance, leurs limites dans des paysages juste sublimes. Surveillance de tous les instants, attention aigüe à la météo, au terrain, aux autres, armés de sacs à dos juste remplis comme il faut (tout est pesé), ils ont mené à bien un projet qui tenait à cœur à l'auteur et qui avait été préparé de longs mois en amont. Mika guide d'expédition, retrouvé au Groenland en 2007, Bertrand, ancien officier de marine photographe, Fred médecin et l'auteur.
, tous sont des montagnards chevronnés, des marcheurs aguerris. Ces quatre hommes ont traversé des rivières, des ressacs, marché le long de plages, gravi des sommets, traversé des déserts.... tant est grande la diversité du lieu traversé dans leur itinérance. Ce genre d'aventure confronte chacun à la Nature mais aussi à soi-même et permet de prendre conscience de ce qui est essentiel (quelques pages sur le silence, sur le poids des mots, sur l'apparence, d'autres sur la musique qu'il se joue dans sa tête - dont une symphonie qu'il gardera associée à ces paysages) mais aussi de la beauté indicible de la nature encore quasi vierge de toute trace humaine (ou en tous les cas préservée de sa bêtise et de sa propension à tout abîmer). 
 « L'île nous ignore, et n'a que faire de nous. Elle est. Nous passons.
Je ne cherche en rien à triompher d'elle. Je m'éprouve à son rugueux contact, je rends hommage à sa pesante réalité. Dans la froidure et la pluie, à l'intersection des océans les plus rudes de la planète, Kerguelen reste étrangère aux ambitions des hommes, et aux miennes. »


Ce journal de bord, mis en forme au retour,  est d'une facture simple, sans grandiloquence. L'auteur égrène les noms des cabanes (remplies de vivres et havres de paix car procurant un abri contre le vent), mais aussi ceux des sommets, des plaines (dont la toponymie s'inspire soit des découvreurs et explorateurs ayant ouvert la voie soit de notre géographie continentale - baie d'Audierne, Golfe du Morbihan) et évoque la faune qu'ils croisent (bonbons, rennes, manchots, sternes...). 
C'est bien écrit, jamais redondant, plein d'humilité et de simplicité face à la vie mais aussi face à l'écriture. Ou comment les mots ne réussiront jamais complètement à rendre compte du côté exceptionnel de l'aventure "De l'expérience entière telle que je l'ai vécue, ils ne sauront rien et ne pourront rien savoir. Le récit, oral ou écrit, ne peut prétendre représenter une réalité. Il en donne seulement un aperçu, lointain, insincère, troublé, gauchi, qui se donne les oripeaux de la vérité. Ce qui s'est passé pendant ces vingt-cinq jours est insusceptible de transmission. L'alambic du souvenir est un leurre. Dès demain, quoi que je fasse, je commencerai d'être infidèle à notre traversée."
A lire !
 Et pour avoir un aperçu de l'expédition, suivez le lien : http://latitudes-nord.fr/carnets-et-photos/trekker-traversee-de-l-ile-de-kerguelen 

vendredi 20 juillet 2018


De Ruth Hogan, j'avais déjà lu avec plaisir Le gardien des choses perdues. La noyade pour les débutants est son deuxième opus dans lequel je me suis plongée avec délice. Masha, psychothérapeute d'une quarantaine d'années, a bien du mal à vivre avec le passé. Cela fait douze ans que son fils Gabriel est mort, peut-être par sa faute. Quoi qu'il en soit, elle ne se l'est jamais pardonné et porte cette absence comme une croix. De fait, tous les matins, elle se rend à la piscine de son quartier où elle entend cultiver l'art de la noyade. A chaque fois, néanmoins, elle remonte à la surface, comme si, au fond d'elle-même, quelque chose l'empêchait de commettre l'irréparable. Et elle regagne alors le monde des vivants, se rend à ses consultations, voit ses amis (assez loufoques mais tellement attachants et affectueux), rend visite à son autre famille (inventée par ses soins) dans le cimetière victorien dont elle connaît toutes les allées. Là, elle se confie, elle s'épanche sans avoir peur d'être jugée, elle se raconte aussi les histoires de ces défunts dont elle lit les noms sur les stèles. Ces histoires révèlent d'ailleurs qu'elle n'a pas perdu ce brin de fantaisie qui fait certainement son charme, cette imagination débordante qui ne demande qu'à être débridée pour ensoleiller de nouveau sa vie. Diverses rencontres, une disponibilité plus grande à l'extérieur et aux autres, et peut-être aussi le temps vont permettre petit à petit à Masha de reprendre pied et (re)commencer à vivre. Alice et son fils Mattie sont les autres protagonistes de cette histoire : famille unicellulaire, sans de réelles relations extérieures, une mère très attachée à son fils adolescent – en contrepoint de la solitude douloureuse de Masha. Mattie étouffe parfois mais semble comprendre cet amour inconditionnel que lui prodigue Alice, notamment à coup de bons petits plats et de délicieux gâteaux. Jusqu'au jour où la maladie la rattrape et bouleverse un équilibre familial qui se révèle très précaire. Au moment de solder ses comptes avec la vie, Alice fait renaître le passé......
Des portraits très réussis (Edward et son chien Lord Byron), des scènes désopilantes (la toque en fourrure d'une cliente dans l'aquarium, la représentation théâtrale), des personnages hauts en couleurs (Sally la clocharde qui nourrit les corbeaux et danse sur les tombes, Kitty Muriel et son jeune époux de presque soixante dix ans Elvis), un personnage plus complexe qu'il n'y paraît. La noyade pour les débutants est un très bon roman, qui mêle humour (anglais bien sûr !), lucidité et réflexion sur la vie et la nécessité de la mordre à pleines dents.

vendredi 13 juillet 2018

Un peu de légèreté

L'avantage d'une pochette surprise, c'est que l'on découvre des ouvrages que l'on n'aurait pas forcément empruntés. Merci donc à ma bibliothécaire d'avoir préparé des pochettes estivales.
Le reste de leur vie de J.P. Didierlaurent faisait partie de la mienne. Ambroise est thanatopracteur, Manelle assistante de vie, l'un arrange les morts tandis que l'autre s'occupe des vivants. Rien de commun a priori. C'est sans compter sur les hasards de la vie. Embarqués dans un road trip en corbillard en compagnie de Beth - la grand-mère d'Ambroise - et de Samuel - le retraité préféré de Manelle - ils vont se découvrir et mesurer la vraie valeur des choses. Bel hommage au monde des vivants, ce roman nous rappelle que le temps passe vite et qu'il est bon de profiter de chaque instant. Il nous permet également de découvrir les coulisses d'un métier peu connu et plein de noblesse.
Un livre léger mais qui fait du bien, un livre plein de bons sentiments pas gnangan.